
Le Centre de Formation Judiciaire (CFJ), en collaboration avec le Projet « Renforcer l’État de droit et la transparence pour promouvoir la cohésion sociale » mis en œuvre par la Coopération allemande GIZ, a ouvert ce matin un séminaire consacré au thème : « La détention et les alternatives à l’incarcération ». Cette session de formation, qui se tient du 2 au 3 décembre 2025, vise à renforcer le dialogue entre les acteurs judiciaires autour de l’interprétation et des modalités d’application du cadre législatif régissant la détention au Sénégal.
Depuis plusieurs années, le système carcéral sénégalais est confronté à d’importantes difficultés, marquées notamment par une surpopulation et des périodes de détention prolongées exposant les détenus à des conditions de vie dégradantes. Pour y répondre, des réformes structurelles ont été introduites, notamment la loi n°2000-39 du 29 décembre 2000 ainsi que le décret n°2001-362 du 4 mai 2001, qui ont permis d’amorcer une politique d’humanisation de la justice pénale. Plus récemment, les lois n°2020-28 et n°2020-29 du 7 juillet 2020 ont renforcé l’allégement de la détention provisoire et facilité l’aménagement des peines, accompagnées de la mise en place d’un Centre de surveillance électronique.
Dans cette dynamique, le CFJ et le Projet RETRA entendent sensibiliser les magistrats et l’ensemble des professionnels de la chaîne pénale afin d’éviter les divergences d’interprétation susceptibles de compromettre l’efficacité de ces dispositifs innovants.

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée sous la présidence de Monsieur Younouss Kane, Directeur adjoint des Affaires Criminelles et des Grâces, représentant Madame le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Elle s’est tenue en présence de Monsieur Malang Cissé, Conseiller Technique et représentant du Premier Président de la Cour suprême, ainsi que de Monsieur Souleymane Teliko, Directeur général du Centre de Formation Judiciaire.
Dans son allocution, le Directeur général du CFJ a rappelé que « la question de la détention, qu’elle soit provisoire ou définitive, occupe aujourd’hui une place centrale dans les débats et le déroulement des activités judiciaires ». Il a également souligné « qu’elle reflète non seulement la rigueur de la loi, mais également notre capacité à concilier les exigences de la répression pénale avec les impératifs de protection des droits fondamentaux ».
Revenant sur les réformes engagées ces dernières années, il a évoqué « l’introduction de la surveillance électronique et l’amélioration des mécanismes d’aménagement et de suivi des peines », rappelant l’importance de « revisiter l’ensemble du régime juridique qui encadre la détention au Sénégal, d’en analyser les forces, d’identifier les insuffisances et surtout, d’explorer les alternatives crédibles et adaptées aux réalités du pays ».

Dans son discours d’ouverture, Monsieur Younouss Kane a introduit son propos en soulignant que la détention provisoire et les alternatives à l’incarcération constituent un enjeu transversal, affirmant qu’il s’agit d’un sujet « qui nous concerne tous, chacun à notre niveau de responsabilité », dans un contexte caractérisé par « une surpopulation carcérale persistante ».
Il a rappelé avec insistance le défi quotidien que représente cette réalité pour l’ensemble des acteurs judiciaires, qu’il s’agisse des magistrats, des procureurs ou encore des agents pénitentiaires, confrontés à « des conséquences directes, quotidiennes et concrètes de nos décisions vécues dans des établissements saturés ».
Insistant sur la nécessité de redonner son sens originel à la détention provisoire, il a affirmé que cette dernière « n’est pas un instrument de gestion des flux, ni une mesure d’anticipation ». Elle n’est légitime que pour répondre à des objectifs précis tels que le risque de fuite, les pressions sur les témoins ou encore la réitération d’infractions. Il a également mis en garde contre une utilisation devenue « réflexe » qui contribue directement à une « densité carcérale critique ».
S’agissant de la surpopulation, le représentant du Garde des Sceaux, a souligné qu’elle n’est pas seulement un problème pénitentiaire, mais un enjeu qui « rejaillit sur toute la chaîne judiciaire » en fragilisant les conditions de travail, la réinsertion, et la confiance du public envers l’institution.
Il a également mis l’accent sur les alternatives à l’incarcération qui constituent des outils pleinement opérationnels : contrôle judiciaire renforcé, surveillance électronique, interdictions de contact ou de paraître, obligations de pointage… Des mécanismes qui, selon lui, « préservent les intérêts de l’enquête et les impératifs de sûreté sans entraîner les effets disproportionnés d’une incarcération ».
Il clôt son discours en disant que la construction d’une justice moderne et efficace repose sur une responsabilité partagée : « La surpopulation carcérale ne se résorbera pas par des déclarations d’intention, mais par une transformation progressive de nos pratiques ». Il prône de replacer la détention provisoire dans son rôle exact : « une mesure exceptionnelle, indispensable uniquement lorsqu’aucune alternative ne peut garantir la bonne marche de la justice », soulignant que la justice doit être « ferme sans excès, humaine sans faiblesse, moderne et réellement efficace ».
