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Actualités > Formation initiale > DEVOIRS ET RESPONSABILITES DU MAGISTRAT : LE MESSAGE FORT DE MONSIEUR CHEIKH AHMED TIDIANE COULIBALY AUX JEUNES JUGES

Le Centre de Formation Judiciaire a clôturé, le mercredi 2 juillet 2025, la semaine inaugurale marquant le début de la rentrée académique. Durant trois journées, les nouveaux pensionnaires, ayant réussi le concours d’entrée de la session 2025, ont pris part à des échanges fructueux portant sur leparcours de formation au CFJ, mais aussi sur leurs missions futures. Lors de cette semaine, une intervention remarquée a fortement retenu l’attention. Il s’agit de celle de Monsieur Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly, ancien Premier président de la Cour Suprême, venu entretenir les auditeurs de justice sur les devoirs et responsabilités qui incombent à leurs futures charges. Présidée par Monsieur Demba Kandji, Médiateur de la République, la séance a revêtu un cachet à la fois solennel et formateur.

A l’entame de son propos, M. Coulibaly a déclaré que : « Dans un État de droit, le juge occupe une place centrale dans la protection des libertés, la régulation des rapports sociaux et le renforcement de la confiance des citoyens dans les institutions ». Une mission essentielle, qui exige de ceux qui la portent une probité à toute épreuve, tant dans l’exercice de leurs fonctions que dans leur conduite personnelle. Selon le magistrat chevronné, au Sénégal, les repères ne manquent pas : le Statut de la magistrature, le Manuel de déontologie du magistrat sénégalais, ainsi que les Principes de Bangalore constituent un socle solide sur lequel repose les devoirs du magistrat. Ainsi, il décline les devoirs fondamentaux du juge autour des points suivants : l’indépendance, l’impartialité, l’intégrité, la discrétion, la réserve, l’assiduité et la compétence.

1. L’indépendance

Le juge doit être indépendant de toute influence extérieure : pouvoirs exécutif et législatif, groupes de pression, médias etintérêts privés.

Il doit se garder de tout comportement ou relation compromettant cette indépendance.

2. L’impartialité

Le juge ne doit avoir aucun préjugé dans les affaires qui lui sont soumis.

Il doit éviter toute situation de conflit d’intérêts et s’abstenir de siéger s’il existe un doute raisonnable sur sa neutralité.

3. L’intégrité

Le juge doit faire preuve de droiture morale dans sa vie professionnelle et privée.

Toute forme de corruption ou de favoritisme est proscrite.

4. La discrétion et la réserve

Le juge doit s’exprimer avec retenue, notamment dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Il ne doit pas commenter les affaires en cours. Il ne doit pas critiquer publiquement ses pairs ou les décisions de justice.

5. L’assiduité et la compétence

Le juge a l’obligation de bien connaître le droit, de se former continuellement et de statuer dans des délais raisonnables.

Il conseille aux jeunes magistrats de prêter une attention particulière à certains aspects de leur conduite en raison de leur statut et de s’adonner à un apprentissage continu du métier et à rester humble. 

Il a, en outre, insisté sur plusieurs points spécifiques :

1. L’éthique personnelle 

Il leur est recommandé d’éviter certains cercles mondains ou des engagements politiques qui pourraient entacher leur posture d’impartialité.

2. L’humilité et l’écoute

Un jeune juge doit faire preuve d’humilité face à la complexité des dossiers et à la diversité des justiciables. Il est essentiel qu’il sache écouter ses collègues plus expérimentés tout en affirmant progressivement son autonomie.

  3. le respect de la hiérarchie et du secret professionnel

Bien qu’indépendant dans sa décision, le juge est soumis aux considérations de l’organisation judiciaire et doit respecter les règles internes, notamment le secret des délibérations et l’acceptation des décisions contraires à son avis ou convictions. 

  4. L’équilibre dans la gestion de l’autorité

Il ne doit pas abuser de sa position de pouvoir, mais doit faire preuve de fermeté mesurée et respectueuse dans la gestion de l’audience et des justiciables.

A travers des exemples concrets, le magistrat a aussi mis en garde les jeunes juges contre des comportements incompatibles avec la noblesse de la fonction. Il s’agit :

▪ du manque de neutralité : traiter différemment les parties selon leur statut social ou politique.

▪ des relations compromettantes : fréquenter des justiciables ou des avocats ayant des dossiers pendant devant lui.

▪ des délais excessifs dans le traitement des affaires : négliger l’urgence de certaines procédures ou retarder indûment les décisions.

▪ de l’expression à outrance et déplacée sur les réseaux sociaux : commenter des décisions politiques, judiciaires ou s’en prendre à de justiciables sous quelque forme que ce soit.

Il a appelé les futurs magistrats à faire de leur éthique un rempart et de leur exemplarité un guide pour bâtir une justice sénégalaise toujours plus digne, indépendante et respectée.

Monsieur Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly a conclu par ces mots : « La justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit aussi être perçue comme ayant été bien rendue ».

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